PixTrakk, à la recherche d’images volées

Publié le lundi 17 avril 2017


Depuis dix-huit mois, agences et photographes peuvent retracer l’utilisation de leurs photos sur la toile, grâce à PixTrakk. Un gain énorme de temps et d’énergie pour les détenteurs de droits, et peut-être un moyen de décourager les usages délictueux.

Un article signé Béatrice de Mondenard pour la Lettre Astérisque n°58.

Action Professionnelle, Communiqué, Astérisque, Tribune


PixTrakk est un service du groupe PixWays créé en 2004 par Jean Favreau, Marek Kasprzyk et Hervé Mariaud, dont le fleuron est la plateforme de consultation d’images PixPalace qui compte 250 titres de presse, une centaine d’agences, et 36 millions d’images. Dirigé par Hervé Mariaud, PixTrakk comprend deux services distincts : PixTrakk Papier et PixTrakk Web + légal. L’abonnement papier existe depuis 2010. Il est essentiellement destiné aux agences photo pour faciliter la facturation. Journaux et magazines tardent en effet de plus en plus (voire oublient) de transmettre aux agences les relevés des photos utilisées. Grâce à ces scans de l’ensemble de la presse papier, PixTrakk, permet d’accélérer le processus.

L’abonnement Web, lancé en septembre 2015, a une tout autre fonction : il permet de repérer les photos volées et de les transmettre aux avocats partenaires, qui se chargent du recouvrement. « La presse papier paye, même si c’est avec retard. Le Web en revanche, c’est le far-west. Beaucoup de sites ignorent même qu’il faut acheter les photos », souligne Hervé Mariaud. Une cinquantaine d’agences et 150 photographes indépendants sont d’ores et déjà abonnés au service.

Concrètement, PixTrakk extrait des photos de millions de sites et les compare à sa base de référence, constituée des photos confiées par ses abonnés (en basse définition). Son moteur de reconnaissance d’images permet de repérer aussi les photos recadrées, zoomées, modifiées, colorisées. En se connectant à la plateforme PixTrakk, l’agence ou le photographe peut visualiser les photos supposées volées et les informations afférentes (site, url, date, capture d’écran…), valider ou non l’usage délictueux et le cas échéant indiquer le montant demandé. Le dossier est alors transmis aux avocats partenaires de PixTrakk, qui évaluent l’originalité de la photo et la solvabilité du contrefacteur, un blog n’offrant pas les mêmes chances de recouvrement qu’un site commercial…

L’agence ou le photographe peut, via cette plateforme commune, suivre toutes les étapes, interagir avec Pixways ou les avocats, et accéder aux échanges de courrier (constat d’huissier, mises en demeure). Pour les photographes indépendants, l’abonnement à ce service est de 99 € TTC/an pour 3 000 photos, sachant qu’on peut en enlever et en ajouter. Si cette somme peut s’avérer élevée pour les photographes les plus précaires, elle est en général rentabilisée au premier recouvrement. En effet, la somme moyenne récupérée pour les droits de reproduction d’une photo volée est de 460 €.

Cette somme est à partager entre le photographe (60 %) et PixTrakk (40 %). Soit un retour moyen de 276 € pour le photographe, ce qui est bien au-delà du prix de marché du Web. En 2016, pour sa première année d’exercice, PixWays a récupéré 200 000 €. Pour l’instant, une photo volée sur quatre donne lieu à un recouvrement. Il n’est en effet pas toujours facile de retrouver le contrefacteur et de le faire payer. Et le contentieux (non compris dans l’abonnement) s’avère rarement rentable… Toutefois, si les sommes en jeu le justifient, PixTrakk peut obtenir pour ses abonnés un prix intéressant auprès de ses avocats. À ce jour, aucun dossier n’a été mis en contentieux, mais cela pourrait être le cas sur deux gros dossiers en cours (plusieurs photos).

Précisons que si les photographes découvrent eux-mêmes des usages frauduleux de leurs photos, ils peuvent les adresser à PixTrakk via la même plateforme, qui les traitera de la même façon. Le crowling (ou moissonnage) ne prétend en effet pas à l’exhaustivité. « C’est impossible dans l’immensité de l’Internet, souligne Hervé Mariaud. On est comme un petit bateau de pêche. On sait qu’on ne peut pas récupérer tous les poissons de la mer, mais on essaye d’être pas loin d’un banc de poissons. Notre outil s’adapte aux résultats.

Certains sites n’ont pas de photos, d’autres se renouvellent peu ou ne suscitent pas de retours des agences ou des photographes, ce qui signifie qu’ils sont probablement dans les clous. Par ailleurs, quand il y a beaucoup de photos, on prend surtout celles des premières pages, plus rémunératrices ». Le service encore jeune se développe. PixTrakk proposera bientôt aux photographes un « prétraitement » avec des dossiers prioritaires, un service déjà proposé aux agences, dont les photos volées se chiffrent à plusieurs centaines par jour. PixTrakk envisage aussi de donner des informations sur les contrefacteurs pour aider agences et photographes à mieux évaluer le prix demandé. Enfin, PixTrakk entend tester le post-licensing dans les pays où le recouvrement est difficile. L’idée est de s’associer à des agences locales, qui demanderont aux contrefacteurs le prix qu’ils auraient dû payer en amont. « Mieux vaut plusieurs dizaines de photos à 30 € que rien du tout ».

Béatrice de Mondenard



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