Mot de Élisabeth Kapnist, présidente du jury



Ça y est c’est fini, nous avons choisi les 30 films étoilés. Des regrets ? Un peu. Des coups de cœur ? Oui. Plusieurs. Des rejets ? Quelques-uns. Avant de m’exprimer sur cette expérience unique, je voudrais remercier la Scam pour cette belle initiative qui entre dans sa douzième année mais aussi les membres de la commission du répertoire audiovisuel qui ont réussi à sélectionner ces soixante films de grande qualité à partir de quatre cents films et enfin les membres du jury qui m’ont accompagnée. Laetitia Mikles, Alexis Marant, Stéphane Manchematin et Jérôme Fritel. Par nos parcours, nos expériences et nos regards nous étions très différents. Ce fut pour moi un plaisir de les découvrir à travers leurs choix, leurs préférences, leur sensibilité. Il y a eu des échanges vifs, des alliances fécondes et des oppositions soutenues.

Quel honneur mais aussi quelle responsabilité de distinguer trente œuvres qui, chacune dans sa singularité, nous parlent du monde d’aujourd’hui. Réel, rêvé, fantasmé. Un monde en forme d’enquêtes personnelles, intimes, historiques, sociales, journalistiques. Tous ces films, portés par un regard singulier, parfois décalé, parfois poétique, toujours sincère, explorent des univers qui nous interrogent, nous bousculent, nous touchent profondément. La force du documentaire nous donne à voir la beauté et la violence, la tragédie personnelle et collective, la vie dans toute sa complexité.

Pour ce travail de visionnage de longue haleine, avec cette responsabilité chevillée au corps, un mot m’a accompagné – Voyage. Tous les jours, à l’heure « entre chien et loup », comme un rituel, je m’éloignais de la rumeur du monde, ouvrais grand mes yeux et mes oreilles pour partir à la découverte de paysages humains insolites. Je me laissais emporter avec curiosité vers des territoires inconnus où des soignantes par la douceur de leur geste, leur écoute bienveillante, leur patience infinie aident, dans un accueil spécialisé, des malades incurables, à vivre, à rire, à grogner, à gronder. Tant de justesse et de délicatesse. Une merveille. Déjà un autre monde me convoque – la vie d’un homme dans les forêts du grand nord de la Russie avec des petites filles aux rubans de toutes les couleurs dans leurs cheveux dorés, des pattes d’ours en guise de pantoufles, un conte à la russe où l’on s’attend à voir la Baba-Yaga sortir de son isba. Mais c’est La Havane et son vieux cinéma le Campo Amor qui nous attend pour nous raconter sa fabuleuse histoire. Puis Naples et sa Vierge aux miracles. Mais aussi des récits personnels. Sur les bords de la Loire, le questionnement existentiel d’un père vis-à-vis de sa fille de 16 ans. Face aux archives, un fils veut comprendre les silences de son père. La liste n’est pas sans fin mais elle est longue et riche d’émotions.

Nous avons privilégié les audaces d’écriture, les sujets inattendus, la force d’un regard particulier, la sincérité d’une démarche. Nous avons choisi trente films en étant pleinement conscients qu’ils reflètent nos cinq subjectivités. Au final, dans leur diversité, espérons qu’ils rendent compte de notre histoire collective.