Mot de Mosco Levi Boucault, président du jury



 

Tout a déjà été dit sur le principe des Ėtoiles de la Scam: plus de 500 documentaires inscrits, 60 présélectionnés par des jurés choisis par la commission de l’audiovisuel et soumis, pour finir en beauté, au jury de cinq réalisateurs et réalisatrices composé cette année de trois jeunes femmes, animées d’une belle complicité, Jill Coulon, Marion Gervais, Anne Poiret et deux moins-jeunes hommes, mais jeunes tout de même par le bonheur toujours vivace de découvrir, d’apprécier, de s’émouvoir devant des films documentaires de qualité : René-Jean Bouyer et moi.

Nous avions la mission de choisir 30 films. J’insiste sur le terme: choisir… comme en amitié, “parce que c’étaient eux (les films), parce que c’étaient nous (les jurés)”: un autre jury aurait fait un choix peut être différent.
Julie Bertuccelli, la vénérée (de l’italien “venere”, vénus), nous avait donné comme seul conseil: ne tenez compte que des films, de leur qualité, pas de leurs auteurs et autrices.

Les films, en général, dépassaient les fatidiques 52 minutes, mais je ne suis pas un saint en la matière.
J’ai paraphrasé au début de la journée de délibérations deux vers de la poétesse Emily Dickinson et une réflexion du cher André S.Labarthe souvent citée par l’ami Thierry Garrel.
Les vers: “Le rivage est sûr, (mais) je préfère affronter les flots”.
La réflexion: “Un film qui a besoin du spectateur (qui accorde un espace au spectateur) est souvent un bon film”.
De fait nous avons privilégié, choisi, nous avons “étoilé” dirait Jean-Louis Bertuccelli, dans la bonne humeur et l’ironie, les films qui passent par-dessus les frontières, les films qui partent loin, à la découverte, les films écrits avec une respiration singulière, tournant le dos aux modes, les films qui nous ont laissé de l’espace pour les voir et songer….

Nous avons opté, sous l’autorité bienveillante et rigoureuse de Carine Bled-Auclair, pour une méthode simple: voir les films séparément, attribuer 3 étoiles à ceux que nous avions aimés passionnément, 2 étoiles à ceux que nous avions beaucoup aimés et dont nous voulions débattre en groupe, et 1 étoile à ceux que nous aimions moins.
Le jour des délibérations nous avons découvert que cinq films avaient obtenu l’unanimité de nos 15 étoiles réunies. Il nous restait à délibérer des films suivants par total d’étoiles décroissant.

La cuvée des Ėtoiles 2019 nous a fait passer de la Terre de feu au Nord de la Russie, du Liban au Cambodge,
du Kirghizistan à la Palestine, du Pas-de-Calais aux Pouilles, de la Corée du Nord à la Libye…. d’un adolescent “placé” à deux cinéastes francs-tireurs en constante éruption, d’un chauffeur d’ambulance à une handicapée motrice, d’une enquêtrice paranormale à des photographes de l’extraordinaire normalité russe, d’adultes se débattant avec des blessures ouvertes dans leur enfance à des jeunes femmes évoquant allègrement le don d’une double sexualité à leur naissance ; de la guerre de 14 à la rémanence de la Shoah, de Mai 68 aux dernières élections en Asturies ; des micmacs de la BNP Paribas à ceux de la Banque Lehman Brothers, d’une crise quasi-romanesque d’un couple d’acrobates à la vie romanesque de Blaise Cendrars, du destin lumineux et tragique de Simone Veil retournant avec ses enfants et petits-enfants sur ses pas au camp d’Auschwitz-Birkenau à celui du désormais parisien Khonsaly retournant sous le regard de sa fille dans le village cambodgien pour affronter ses bourreaux chafouins vaquant à leur quotidien comme si de rien n’était…

Une cuvée pleine de sève qui donne envie de partir, qui donne envie de réaliser.

PS: J’aime trop les Francs-tireurs pour ne pas prendre la liberté d’attribuer pour le plaisir, hors-concours, enfreignant le règlement je le concède, des “étoiles filantes” à quelques films, parmi lesquels Of men and war de Laurent Becue-Renard, Nucléaire, l’impasse française de Patrick Benquet, Les réfugiés de Saint Jouin d’Ariane Doublet et …